Le bal des Échassiers – Je suis né tigre – Le haret québécois et autres histoires

Publié le : 9 novembre 2015
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Le bal des Échassiers de Sébastien Pérez et Paul Echegoyen (Seuil Jeunesse)

C’est l’histoire de la rencontre fracassante entre deux peuples, les Échassiers et les Minuscules. Ces derniers sont obligés de se terrer dans de sombres tunnels pour survivre au bal des grands. L’événement durant de plus en plus longtemps, les minuscules se retrouvent à court de nourriture. Ils tentent alors le tout pour le tout : se dessiner sur d’immenses rochers pour que les géants prennent conscience d’eux et arrêtent de piétiner leur village. La communication par dessins interposés va se révéler être la clé du succès.

Malgré leurs différences, une solution est trouvée pour préserver la vie de chacun. Les dessins présentent un grand souci du détail ainsi qu’une magnifique palette de couleurs harmonieuses et gaies. Les paysages sont à couper le souffle et nous offrent une végétation dense et colorée. Attention, une fois le livre ouvert vous risquez fortement de vous attacher à ces deux peuples magnifiques. Un album absolument envoûtant.

Je suis né tigre de Stéphane Servant et Antoine Déprez (Bilboquet)

Je suis né tigre raconte comment un tigre trop confiant se retrouve avec une étiquette de sauvage dans une cage de cirque. Alors qu’il n’est qu’un tigre, le personnel du cirque lui demande d’apprendre des tours et d’oublier sa vrai nature. Cette album vibre d’une superbe nostalgie où chaque bruit de la nature rappelle à l’animal son pays d’origine. La musique y est représentée comme étant une source d’espérance. Le texte est délicat et poétique.

Il dégage une grande force d’évocation que les illustrations d’Antoine Déprez rendent encore plus puissante. La couverture à elle seule, où l’on voit un bout de museau et un oeil du tigre à travers deux planches d’une cage, ferait fondre le plus insensible des lecteurs. D’ailleurs, c’est sûrement pour cela que ce livre a été édité en partenariat avec la fondation WWF (World Wildlife Fund). Une belle histoire pour apprendre à respecter les animaux, leur place dans la nature et leur droit à la liberté.

Le haret québécois et autres histoires d’Anna Boulanger (éditions Attila)

Pour bien comprendre cet OVNI au format et au contenu surprenants, rien de mieux que le préambule : «La nuit, Anna Boulanger lit des dictionnaires. Lorsqu’elle attrape un mot, elle le glisse dans une liste. Lorsque la liste contient assez de mot, elle se clôt. Lorsque la clôture est faite, l’ordre des mots change. Lorsque le bon ordre est trouvé, des images naissent. Lorsque ces images se transforment en dessins, les mots engendrent des phrases. Lorsque les phrases sont là, il n’y a plus rien à faire. Ce livre recueille cinq de ces histoires nées des mots et des images.»

Les illustrations ne sont pas sans évoquer le style d’Edward Gorey, illustre dessinateur américain, qui liait humour noir et dessins aux mille détails, également publié chez Attila. Le haret québécois comprend des mots délicieux comme chatoyant, boursicoteurs, plantigrades, prosélytisme ou encore zinzinule (chanter en parlant de la mésange et de la fauvette). Ces mots forment des histoires bizarres à la fois poétiques et absurdes que chaque lecteur pourra interpréter à sa manière. À lire en famille pour démystifier l’humour noir et les mots ardus et rares dans la littérature jeunesse. Ce livre a reçu le prix Coup de coeur de l’équipe au salon du livre jeunesse de Montreuil 2011.

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